23 novembre, Bali, épilogue

A Monkey’s business 

Notre dernière soirée à Bali nous a valu une aventure que nous ne sommes pas prêts d’oublier de sitôt. Nous avions établi notre domicile comme pour la première nuit à Jimbaran près de l’aéroport et prévu de visiter à quelques kilomètres de là, sur la presqu’île de Bukit, en fin de journée un des temples les plus vénérés de Bali. Ulu Watu est niché sur une falaise haute de plus de 200m et connu pour ses singes sacrés. Les Balinais joignant la tradition au business ont fait de ce lieu une attraction quasi incontournable pour le tourisme en produisant tous les soirs après le coucher du soleil sur le même endroit un spectacle de danse traditionnelle, le Keçak qui met en scène une légende de la tradition hindouiste autour d’une princesse enlevée par un méchant guerrier et libérée in fine par l’armée des singes. Dès notre arrivée au parking un viel homme nous a abordés cherchant à nous accompagner dans la visite du temple. Nous ne faisions pas attention à lui. Arrivés au pied de la butte couronnée par le temple, je me penchais sur mon sac photo pour en sortir un appareil. A ce moment j’ai ressenti un coup sec sur mon front, puis… je me suis aperçu que mes lunettes de vue (celles au Titanium, verres bi-focales ultralégères à haute performance) n’étaient plus sur mon nez ! Je lève la tête et vois un macaque arborant joyeusement les lunettes sur sa tête. Le problème : le singe se trouvait de l’autre côté d’une clôture sur un terrain rocheux qui descend quasiment à la verticale jusqu’à la mer, 200 mètres plus bas! En me retournant qui vois-je : notre bonhomme du parking qui me rassure en disant que les lunettes seront retrouvées, que quelqu’un s’est déjà lancé à la poursuite de la bête pour les récupérer.. En effet, cinq minutes plus tard, le précieux objet m’est remis contre une forte rançon – je ne peux pas parler de pourboire – qui est immédiatement partagée entre les deux larrons, le “gardien” et le “sauveur”. Je ne parle pas du singe qui a dû recevoir une extra portion de cacahuètes, mais des deux mafieux. Pour moi l’essentiel était de récupérer mes fameux googles sans lesquels le monde se résume à la même chose qu’internet sans lunettes… il est vrai que quelques scratches ont marqué à jamais mes verres de haute qualité qui ont cependant bien passé l’épreuve. Alors, si jamais il vous arrive de vous trouver en situation similaire, mettez vos lunettes de réserve ou allez tout de suite au spectacle de danse. Celui-ci nous a réconciliés avec le tourisme balinais.

Et comme cela ne suffisait pas, sans le faire exprès nous avons terminé la dernière soirée dans un restaurant sur la plage appelé localement warung, les pieds littéralement dans l’eau, par un repas de fruits de mer et de poisson délicieux au même endroit où a eu lieu en 2005 le deuxième attentat islamiste qui a visé à entraver le tourisme à Bali. Mais comme vous voyez, la vie continue, et les touristes affluent à nouveau dans ce paradis comme auparavant.

L’épisode de la fin…un petit couac

Après avoir passé une nuit reposante au Udayana Eco Lodge nous nous faisons accompagner à l’aéroport par un employé du loueur de voitures. L’enregistrement de nos bagages fut une partie de plaisir. C’est donc avec un sentiment de satisfaction complète que nous nous sommes présentés au dernier contrôle des passeports avant de passer à la salle d’embarquement. Et là où nous nous y attendions le moins, il y a eu une surprise désagréable : l’agent qui prit nos passeports commença a les scruter et à froncer les sourcils, puis nous dit que nos visas étaient dépassés de deux jours et qu’il fallait payer une amende élevée (en tout 6 fois le prix que nous avions payé le visa pour la semaine entière), cela sentait l’arnaque! A notre demande de nous faire un reçu, l’agent dit que ce n’est pas possible. A notre demande de parler à un supérieur, il appelle un collègue qui nous dit la même chose : pas de reçu, sinon il fallait lui rendre les passeports. Pour finir, de guerre lasse et craignant de rater notre vol, nous partons après avoir payé, regrettant ce bémol qui termine un séjour qui restera cependant dans nos mémoires comme un enrichissement considérable de notre connaissance de la planète.

Moralité du globetrotter pas encore assez expérimenté: il ne faut pas négliger le moindre détail dans son passeport, fût-il du dernier cri, notamment en ce qui concerne la durée des visas!

22 novembre, Bali, une île et nos coups de coeur

La géographie de l’île est dominée par une succession de volcans qui en constituent l’épine dorsale. Le plus haut des sommets dépasse les trois mille mètres. Ces montagnes déterminent aussi les voies de circulation orientées nord-sud. A cela s’ajoutent des routes qui suivent le littoral ce qui permet de faire le tour de l’île sans passer par l’intérieur. Par contre il n’y a quasiment pas d’axes routiers est-ouest. Cela complique notamment la circulation dans le Sud de l’île à forte densité de population. Lors de notre séjour qui a duré huit jours, nous n’avons pas vu l’Ouest de l’île faute de temps. Pourtant il doit s’agir d’une région qui vaut la peine d’être visitée étant à l’écart des principaux sites et routes touristiques. Celles-ci se concentrent dans le le Sud autour de la capitale Denpasar : plages de Kuta et de Sanur, région d’Ubud au Nord. Grâce à une nouvelle route côtière, l’Est de l’île va connaître un rapide développement touristique à son tour. Pourtant il y a encore des coins superbes comme Candidasa, petit centre balnéaire à partir duquel nous avons entrepris de contourner la côte est ainsi que la visite de Tirta Gangga un magnifique ensemble de temples et de bassins d’eau entouré de superbes rizières à proximité du volcan Agung. En contournant la pointe à l’extrême Est de l’île nous sommes tombés sur une succession de criques charmantes offrant aux pêcheurs des refuges naturels contre la mer agitée au large. Leurs bateaux archaïques sont à la fois primitifs et astucieux. Ce sont en fait des pirogues constitués de troncs de palmiers creusés et dotés de deux flotteurs rattachés à la coque par des perches en bois ce qui leur donne vaguement une forme d’insecte géant. Ces catamarans sont peints dans des couleurs vives où le blanc domine. La route côtière offre de nombreux points de vue plongeants sur ces criques où ces bateaux sont alignés, serrés les uns contre les autres. De loin, l’enchevêtrement de leurs flotteurs et mâts multicolores m’a fait penser à un jeu de Mikado. Imaginez en plus le jeu paisible des vagues, les eaux émeraudes limpides, le ciel immaculé, une brise légère, une terrasse bien ombragée, une table bien servie et vous comprendrez ce que peut être la vraie détente. Pour les sportifs, les spots de plongée ou simplement de snorkeling abondent. Et pour les masochistes, les petites routes le long de la côte avec leurs nombreux virages, montées et descentes sont un terrain idéal pour faire du VTT. Je vous laisse deviner quel a été notre sport favori. Pour ceux qui veulent tout savoir, on a gardé l’adresse du restaurant idyllique où nous avons passé des heures inoubliables. Notre endroit favori Parmi toutes les régions visitées, le village de Munduk et ses environs nous a le plus impressionnés. Il se situe dans le Nord de l’île sur la voie qui relie Subaraya, capitale du temps de la colonie néerlandaise à Denpasar, la capitale d’aujourd’hui. Cette route passe au pied de plusieurs volcans au centre de l’île « accompagnés » de trois lacs superbes. Munduk est à environ 800 m d’altitude, l’air qu’on y respire est nettement plus frais qu’en plaine. Grâce à l’abondance de l’eau, la végétation est des plus luxuriantes. Un guide rattaché à l’Eco Lodge où nous avons passé deux nuits nous a fait découvrir lors d’une randonnée de trois heures toute la variété et richesse de la végétation et des cultures. On y trouve tout ce qui a depuis toujours attiré les les marchands d’épices et de riz dans cette partie du monde. Je n’en ferai pas l’inventaire, mais vous incite à le découvrir vous-même un jour.

14 novembre, le Caire – Singapur - Bali

Le vol du Caire à Singapur a duré 9 heures et demie qui passèrent bien vite. Singapore Airlines n’a pas volé sa réputation d’être au top mondial des transporteurs aériens. Les hôtesses d’une élégance et compétence rares qui y oeuvrent ont autant impressionné Nicole que moi. Comme nous volions vers l’Orient, la journée aura été écourtée de 6 heures. Par rapport au Caire, tout le décor change radicalement. A Singapur tout respire richesse, organisation, propreté, on a l’impression d’être dans la Suisse de l’Asie du Sud-Est. L’escale est trop courte pour explorer tout l’aéroport géant (il comporte un ternminal rien que pour les low cost asisatiques !), mais suffisant pour nous rendre compte du luxe qui règne partout. Nous apercevons sur le tarmac l’Airbus A 380 qui attend son départ quotidien pour Sidney. Finalement nous ne le prendrons pas cette fois-ci, même si notre billet nous le permettrait. Le temps en Nouvelle-Zélande est trop précieux et l’Australie fera peut-être l’objet d’un voyage à part – il y aura bien d’autres hivers à passer que celui de 2007-2008 qui s’annonce précoce en Europe. A Singapur nous embarquons pour Bali à la tombée de la nuit. Arrivés deux heures et demie plus tard à Denpasar, capitale de BALI, nous constatons une nouvelle fois avec satisfaction qu’en Asie (du moins dans les pays que nous avons touchés lors de ce voyage), il n’y a pas d’excès de contrôles aux frontières, en tous cas pas pour nous touristes européens. Tout ce qui semble intéresser les autorités indonésiennes est de nous vendre leur visa qui coûte 10 US $. Pour l’Indonésie ceci représente beaucoup d’argent. Un euro vaut 13400 roupies. A ce taux on est millionnaire avec cent euros en poche. Et les prix sont plus que raisonnables pour les Européens, par exemple on loue une voiture compacte pour environ 10 € par jour, avis aux amateurs! Et nous voilà déjà balinais pour une semaine. Plutôt que de dormir à Kuta Beach (il faut laisser les réjouissances bruyantes aux jeunes) nous avons choisi près de l’aéroport Uduyana Eco Lodge, un hôtel qui a été construit à côté de l’université et se situe dans un parc tropical. Les chambres sont vastes, la douche adjacente à la salle de bains est complètement à l’extérieur. Il n’y a cependant aucun risque d’y prendre froid en novembre, les températures sont toujours voisines de 30°, c’est la moyenne annuelle… Pour organiser notre séjour à Bali, nous décidons de louer une voiture. Ce sera une jeep Suzuki, petite voiture de fabrication indonésienne. Caractéristique principale : volant à droite, nous roulons à gauche sur la route. Encore un héritage colonial… Pourtant l’Indonésie ne fut pas une colonie britannique… Le lendemain de notre arrivée, nos premiers kilomètres sur les routes balinoises nous conduisent à Ubud situé à une trentaine de kilomètres au Nord de Denpasar. La circulation est dense, les routes sont étroites, les bords non stabilisés. Il y a plus de scooters et de motos que de voitures. La conduite n’est pas agressive, mais il faut rester vigilant à tout instant. Les nombreuses statues de divinités en tout genre et de temples qui bordent les routes doivent avoir une influence bénéfique sur le comportement des conducteurs et les protéger en permanence. D’ailleurs nous nous arrêtons auprès d’un de ces temples pour le visiter. Pour pénétrer dans l’enceinte sacrée il faut mettre un sarong (tissu en batik) autour de la taille, mieux encore y ajouter une écharpe autour de la taille et une autre sur la tête. Pour les femmes, les règles d’admission sont encore plus strictes, cela frôle parfois l’absurde (de notre point de vue d’Européens) : par exemple dans un temple au pied d’une montagne sacrée que nous avons visité, les femmes dont les enfants n’ont pas encore eu leurs dents de lait n’ont pas le droit d’entrer! Le temple lui-même comporte de nombreux autels de taille très différente avec une riche statuaire qui représente toute sorte de divinités, monstres et autres personnages imaginaires. Les temples sont hindouistes, les principales divinités sont Brahma, Vishnu et Shiva, mais il y a une multitude d’esprits et démons en tout genre qui sont vénérés ou amadoués également. La profonde religiosité de la population ne se manifeste pas seulement autour des temples. Dans les maisons et jardins privés on voit partout fleurir des autels ou de simples offrandes de fleurs posées sur un mur ou un chemin.

Arrivés à Ubud, le centre de l’artisanat et du tourisme au Centre de l’île, nous prenons possession de notre demeure pour deux jours, « Sayan Terrace » , un petit complexe merveilleux niché en pleine jungle au dessus d’une vallée fertile dominée par les cocotiers, agrémentés de quelques rizières en terrasse. Le domaine est une magnifique création qui tient autant de l’architecture que du paysagisme. Chaque mètre carré du jardin est conçu avec soin et goût. Le séjour dans une telle demeure est un pur enchantement. Se réveiller dans un tel endroit, écouter les oiseaux et le murmure de l’eau, observer les papillons géants, les écureuils qui se pourchassent dans les arbres immenses – quelle merveille à condition de ne pas offrir sa chair rose aux moustiques qui en sont friands. De toutes façons, la nuit nous sommes protégés par une moustiquaire qui transforme notre couchage en lit à baldaquin.

15 au 22 novembre, découverte de Bali

Plutôt que de faire un récit jour par jour, je vais essayer de résumer nos impressions. Déjà après quelques jours de présence sur l’île, notre conviction est faite, il s’agit rééllement d’une destination de rêve qui a tout d’un paradis pour le touriste avide de soleil et de dépaysement exotique. Climat : de novembre à mars on tombe dans la période des pluies. Toutefois lors de notre séjour, nous n’avons pas encore connu de précipitations à l’exception d’une petite douche tiède nocturne à Ubud. Nous n’avons aucune idée si l’absence de pluie est dûe au réchauffement climatique, en tous cas pour un mois de novembre c’est atypique. A propos de climat : Bali va accueillir dans quelques jours la Conférence mondiale sur le réchauffement climatique, la preuve que cette préoccupation est universelle. Certes la chaleur est très forte, elle oscille autour de 30° jour et nuit, mais près de la mer, la brise apporte de la fraîcheur qui nous la rend plus facilement supportable. La même chose vaut pour les régons montagneuses.

Bali est une île verte. Grâce au volcanisme très présent, les sols sont riches et fertiles. La forêt tropicale a souvent dû céder la place à des cultures notamment des rizières. Les champs et jardins regorgent de toutes sortes de fruits et légumes. Leur énorme variété et abondance se vérifie à chaque repas, à commencer par un choix incomparable de jus de fruits frais. A plusieurs endroits nous nous sommes arrêtés pour observer la vie dans les champs de riz qui sont de véritables écosystèmes très élaborés. En novembre, le riz dans la plupart des rizières que nous avons vues est prêt à être récolté, si bien que nous n’avons pas pu voir tout le cycle de culture (inondation des champs, labourage, repiquage du riz, jeunes pouces etc.). Dans des régions où la culture se fait de manière traditionnelle, des canards sillonnent par centaines les rizières. Ils les néttoient et répandent en même temps un fumier bienvenu. Astucieux ! Parfois les rizières servent également de viviers à poissons. Même quand le riz est déjà en herbe, les champs continuent à être irrigués, les plantes ont toujours le pied dans l’eau. En fait, la culture du riz repose sur des systèmes d’irrigation élaborés. La disposition des champs en terrasses permet de faire circuler l’eau sans avoir recours au pompage, à condition de disposer de ressources d’eau suffisantes, cela va de soi. Pour cette raison on trouve souvent les terrasses de riz au flanc des montagnes ou dans des vallées parcourues par des eaux vives abondantes. Ce qui nous a frappés, c’est absence de toute machine dans les champs (une seule fois nous avons observé un motoculteur utilisé pour le labourage). Les faucheurs, hommes ou femmes indifféremment, s’acroupissent pas terre et coupent avec une serpe patiemment touffe après touffe. Les graines de riz mûrs sont de couleur blonde. D’autres personnes viennent ramasser les gerbes et les portent sur des aires de battage aménagés au bout du champ. Sur une simple bâche, les bottes de riz sont frappés manuellement de façon à ce que les grains de riz tombent simplement par terre. La paille de riz est conservée à part. Les transport du riz dans les champs se fait à nouveau à dos d’homme, plus précisément les sacs sont portés sur la tête jusqu’à un endroit où une moto ou une voiture peut venir les prendre. Vous imaginez alors la fourmillière à dimension humaine que représente une rizière. (à suivre)

Première étape : le Caire

Le projet

Depuis des années la Nouvelle-Zélande représente pour Nicole et moi une destination de rêve. Le désir de découvrir un jour ce pays a été alimenté notamment par les récits et témoignages d’amis photographes, comme Gérard Desroches, par des lectures et une conférence de la série « Connaissance du Monde ». Vu la situation du pays aux antipodes. il était clair que ce voyage nécessiterait un budget temps important. Nous l’avons donc classé parmi les projets à réaliser « une fois à la retraite ». L’expérience du Chili en 2006 aidant, nous nous sommes mis ensuite à concevoir notre périple, et les idées sont venues tout naturellement. Pour éviter de faire le voyage en avion de plus de 30 heures d’une seule traite, nous avons commencé à réfléchir à des escales possibles. De fil en aiguille, un Tour du Monde s’est dessiné devant nos yeux avec la Nouvelle-Zélande comme le but principal et comme étapes le Caire et Bali à l’aller, les îles Hawaii sur le chemin du retour, un billet « round the world » avec Star Alliance nous offrant ces options.

Première étape : le Caire

Nous voulions saisir l’occasion pour rendre visite à notre jeune amie traductrice, Madiha, et connaître en même temps un nouvel aspect de l’Egypte, pays avec lequel nous avions fait connaissance il y a une dizaine d’années lors d’un voyage inoubliable à Luxor et Assouan avec Elisa et quelques amis du photo-club. Ville tentaculaire – avec une quinzaine de millions d’habitants, elle compte parmi les agglomérations les plus grandes du globe – le Caire n’est pas vraiment une ville « facile ». Mais malgré la pollution et le bruit, la destination est fascinante. Cela tient autant à sa situation au bord du majestueux fleuve, qu’à son riche passé, aux trésors d’art inestimables que renferment ses musées, au dépaysement et aux charmes de l’Orient, à son climat favorable (du moins en cette saison où l’Européen moyen a intérêt de changer la grisaille de ses contrées contre un ciel immaculé et une température estivale qui règne au bord du Nil).

Mercredi 6 novembre

Le voyage via Francfort fut sans problèmes. Arrivés à l’aéroport du Caire, Shérif, le chauffeur « de famille » de Madiha nous attendait avec une pancarte portant notre nom. Un large sourire remplace les conversations rendues impossibles à cause de la barrière linguistique. Petite surprise, ce n’est pas dans sa voiture – un de ces innombrables taxis noirs et blanc, vétustes et attachants du Caire - qu’on va faire le trajet jusqu’à l’hôtel, mais dans celle d’un confrère qui jonglera avec maestria pour frayer son chemin à travers la circulation dantesque de la ville. Les voitures fusent de partout. Chacun affirme sa présence haut et fort à force de coups de klaxon. Ceci pour avertir qu’on veut dépasser, ou pour manifester son mécontentement avec la conduite d’un autre automobiliste. Le concert qui en résulte est assourdissant et l’art suprême des conducteurs consiste à se rapprocher le plus possible des autres sans jamais les frôler voire les toucher. Les piétons qui se lancent avec témérité dans la bataille quand ils souhaitent traverser un boulevard semblent appliquer les mêmes règles que les conducteurs des voitures et bus. Seuls les mini-bus ou taxis collectifs font montre d’une impertinence particulière à la limite de l’agressivité. Mais finalement chacun respecte l’autre, ainsi va la vie dans les rues du Caire.

Nous nous installons à l’hôtel Shepheard sur la corniche du Nil, un endroit lourd d’histoire puisque c’est ici même que Bonaparte avait établi son quartier général au Caire. Depuis, les temps ont bien changé puisque l’Empire britannique – du moins un de ses éminents représentants, Lord Shepheard – s’est emparé de la place comme du pays par la suite. Aujourd’hui cet hôtel dont la dernière mouture remonte aux années 1950 fait un peu pâle figure à côté des tours des Sheraton, Marriott, Four Seasons, Intercontinental et j’en passe, que l’on trouve vdans le même secteur au bord du fleuve. Dans un sens cela fait aussi son charme. Les salles de rerstaurant et de réception qui toutes donnent sur la Nil sont de toute beauté. Nous n’avons pas pu obtenir une chambre sur le Nil, même contre supplément, tout simplement parce que l’hôtel est constamment rempli. Le flux de touristes qui se déverse sur le Caire est étonnant. De toute évidence l’attrait qu’exerce l’Egypte est intact malgré les quelques attentats qui ont eu lieu dans le passé. Aujourd’hui les efforts de sécurisation déployés par l’Etat sont visibles partout, la police touristique et l’armée sont postées aux endroits stratégiques : hôtels, ambassades, musées etc. Quant à l’efficacité d’un tel déploiement, je n’en ai aucune idée, en tous cas cela peut tranquiliser (?) les gens.

Nous terminons notre première soirée au Caire par une invitation somptueuse chez notre amie Mahdiha et sa maman dans leur appartement à Gizah (Gizeh). Ils habitent au cinquième étage d’un grand immeuble dans un quartier très vivant. Leur appartement est vaste et déborde de meubles et objets anciens, une impressionante accumulation de souvenirs de famille. L’accueil est on ne peut plus chaleureux. La maman de Madiha parle un italien impeccable appris à l’école au Caire. Elle a dû passer toute la journée à la cuisine à mijoter des plats typiquement égyptiens pour nous. Le résultat est remarquable et nous rend confus à la fois : grande variété de mezzés, viandes rôties, légumes, fruits et desserts. Heureusement que Shérif est là à nouveau pour nous conduire à l’hôtel où nous trouvons rapidement le sommeil du juste.

Jeudi 7 à dimanche 11 novembre

Notre programme cairote commence par la visite de quelques uns des plus grands sites archéologiques d’Egypte, Saquarrah et Gizeh, mondialement célèbres par les pyramides qui recouvrent les tombeaux des pharaons des premières dynasties et de certains membres de leur famille. Shérif vient nous chercher à l’hôtel et l’aventure commence : les boulevards sont congestionnés, on circule au pas si on n’est pas à l’arrêt, et on devrait arrêter de respirer, tellement l’air ou ce qui en reste est pollué. Notre route longe un canal du Nil qui relie la capitale à Saquarrah. La plaine est riche de cultures de palmiers, d’agrumes, de grands champs de légumes. De petits villages s’égrènent le long du canal, on y observe la vie laborieuse des paysans occupés dans les champs avec leurs bêtes, fournissant leurs produits aux marchés locaux. Un seul bémol de taille dérange l’image qui pourrait être idyllique : c’est l’extrême pauvreté des gens qui se traduit par un manque absolu d’hygiène. Les déchets en tous genres sont simplement jetés devant la porte des maisons et pire encore, directement dans le canal qui est transformé en cloaque. Quel spectacle attristant ! Et pourtant, on pompe l’eau du canal pour irrguer les champs avec – à voir la belle apparence des fruits et légumes, il faut croire que ce type d’engrais ne manque pas d’efficacité.

Arrivés à Saquarrah, nous devons nous familiariser à nouveau avec les us et coutumes locales : prendre son ticket, plus précisément ses tickets à l’entrée qui peut être éloigné du point de contrôle. Souvent il faut payer une entrée supplémentaire pour accéder à certains endroits particuliers du champs de fouille comme des tombeaux. Et évidemment il y a toujours un gentil gardien prêt à vous y conduire et à commenter les lieux moyennant l’inévitable bakshisch. Parfois c’est bien utile, parfois c’est énervant. Mais peut-on leur en vouloir pour cela? Ils gagnent des salaires de misère et ont souvent de nombreuses bouches à nourrir. Le site lui-même est à lahauteur de ses promesses : pyramide à degrés, temple, mastabas (tombeaux) richement décorés de reliefs les plus fins illustrant à la perfection la vie de l’Egypte pharaonique. Nous nous trouvons en bordure du plateau désertique qui surplombe la fertile vallée du Nil. Les pharaons ont choisi cette bande de terrain qui s’étend sur deux douzaines de kilomètres entre l’ancienne capitale Memphis et Gizeh pour y ériger leurs nécropoles. Plus on avance du Sud vers le Nord, plus la technique des constructions se perfectionne. D’une pyramide asymétrique à Dachour qui est carrément considéré comme un ratage de l’architecte qui a du rectifier l’angle des parois en cours de construction, on passe à la perfection la plus absolue de la pyramide de Khéops, appelée aussi la Grande Pyramide, la seule des Sept merveilles du monde qui nous soit parvenue quasiment intacte au fil des 5000 ans de son existence! L’état égyptien se fait royalement payer le droit d’accès à cette pyramide, mais je crois que cela en vaut la peine. Par d’étroits couloirs en forte pente on arrive jusqu’à la chambre qui avait contenu le sarcophage de la momie du pharaon. Le plus impressionnant est de voir la précision avec la quelle a été construite la voûte au dessus de ces couloirs. Elle est haute d’une bonne quinzaine de mètres et les blocs de pierre calcaire sont tellement bien assemblés qu’aucune aspérité, aucune faille n’est visible. C’est fabuleux quand on se rend compte qu’on se trouve bien « au ventre » de la pyramide et que des millions de cube de pierre se trouvent assemblés au dessus de notre tête, posées avec une précision inouïe. Adossé à la pyramide de Khépos se trouve un bâtiment moderne dont la présence à cet endroit mythique peut irriter. Attention, si vous passez à côté sans y entrer, vous passez à côté d’une des plus grandes curiosités de l’endroit. En effet, ce bâtiment qui a des allures d’immense hangar abrite la barque solaire du pharaon Khéops. Elle ne fut découverte qu’en 1954 lors de fouilles au pied de la pyramide. Cachée dans une fosse profonde, couverte par des blocs de rochers impressionants, ce bâteau mythologique en bois de cèdre mesure plus de 40 mètres de long et 5 m de haut. Sa proue d’une élégance tout “art déco” - un style qui remonte à 2500 ans avant J.C! - mesure 7 mètres de haut. C’est, on ne peut plus impressionnant. En sortant, n’oublions pas de faire nos honneurs au Sphynx qui monte la garde devant la pyramide de Khéops.  Et pour finir un tuyau pour les photographes, si vous voulez voir le Sphynx bien éclairé, il faut s’y présenter le matin. L’après midi le contre-jour violent vous prive de le voir bien dans tous les détails.

Après ce choc de culture, la soirée fut placée sous le signe de la détente. Avec Madiha et sa maman nous nous sommes installés à bord du Pharaonis, un immense bâteau-mouche, pour nous laisser gâter par un repas egyptien de bonne facture agrémenté par des spectacles de chants, de danse du ventre, eh oui, et d’un derviche tourneur, genre laïque, remarquable acrobate. spectacle très impressionnant5 ,très graphioque à vous donner le tournis! Une bonne promenade le long des quais nous a ramenés ensuite au Shepheard, ce qui nous a permis de gôuter de la douceur du climat : pas besoin de mettre un en novembre…

Vendredi nous continuons sur notre lancée « culturelle » en passant plusieurs heures dans le Musée égyptien, le must de tous les épyptologues, un des musées les plus réputés au monde. Le bâtiment créé par un architecte français il y a plus de cent ans et regorge d’objets les plus beaux. Je n’en ferai pas l’inventaire. Rappelons seulement que rien que le fabuleux trésor de Tut Anch-Amon occupe une vingtaine se salles ! Comme la place manque cruellement pour mettre en valeur les objets qui le méritent, un nouveau musée répondant aux exigences d’aujourd’hui devrait ouvrir au Caire d’ici un an ou deux. En fin d’après-midi, nous avons changé radicalement de perspective en suivant Madiha dans le quartier islamique. Tout comme à Damas, on commence à restaurer quelques-unes des maisons les plus belles qui remontent au 17 ème siècle et à la période ottomane. L’architecture de ces maisons qui ont souvent appartenu à un riche commerçant ou à un médecin célèbre, est tout à fait remarquable. Le plafond des pièces de réception est très haut et couvert de bois de cèdre, les pièces sont aérées par des fenêtres grillagées en bois (moucharabiyés), le dédale des couloirs et accès à la terrasse est conçu astucieusement de sorte que l’air circule parfaitement dans la maison. L’un des édifices visités héberge aujourd’hui une école d’oud, dans l’autre le rez de chaussée est occupé par une boutique originale qui propose des souvenirs modernes (textiles, verres) de bon goût. Ensuite la curiosité pousse Nicole à explorer la grande mosquée Touloum – contre un petit bakschisch le gardien nous la fait visiter. Une grande cour entourée d’arcades, une belle fontaine dans un coin et la large salle de prière à plusieurs travées, sans décoration inutile la composent.La promenade nocturne se poursuit dans le souk Khan Khalil, un des quartiers les plus caractéristiques du Vieux Caire où l’écrivain et prix Nobel Naguib Mahfouz avait ses habitudes. Et c’est à sa table dans un café littéraire que nous savourons un repas égyptien soigné. Ensuite nous prenons un dernier verre dans un café original en plein souk embaumé par les odeurs douceâtres du nargileh et peuplé par une faune bariolée.

Samedi, Madiha a pu se libérer toute la journée pour nous montrer « son » Caire authentique », à commencer par le quartier copte au sud de la ville. Pour nous y rendre, nous empruntons le metro. Le réseau n’est pas très étendu, mais là où il existe, il représente un moyen de locomotion fort pratique. Il a dû être livré par la France, tellement la similitude avec le métro parisien est grand – cela va du type de voitures jusqu’au format des tickets. Petit plus pour le Caire : les femmes avec ou sans voile peuvent voyager entre elles dans les deux premiers wagons. Le musée copte fut pour nous une grande révélation. Installé dans une riche demeure du 19e siècle qui s’adosse aux fortifications romaines, le musée conserve des témoignages de cette toute première communauté chrétienne installé en Egypte à partir du 3ème siècle. Dans les pierres (stèles, éléments d’architecture) la transition glissante entre monde antique et chrétien est très sensible. Parfois on utilise les mêmes symboles (les grappes de raisin de Bacchus deviennent ceux des chrétiens) parfois les dieux de l’au-delà de l’ancienne Egypte veillent encore sur les dépouilles des premiers chrétiens. Une grande particularité de l’art copte sont les tissages tout en finesse et avec des couleurs remarquables, utilisés comme bandelettes pour les momies. Je passe sur l’église « suspendue » de la sainte Vierge très ancienne et très vénérée par les coptes, pour mentionner la synagogue qui se trouve dans le même quartier. Un bâtiment bien conservé que l’on peut visiter et qui coexiste en paix avec son voisinage chrétien et arabe.

Pour terminer notre soirée au Caire, Madiha nous emmène dans un grand jardin public de la ville, parc créé par la fondation de l’Aga Kahn. Il se situe à l’est du noyau de la ville arabe près de la citadelle et représente un vrai havre de paix où les Cairotes viennent en nombre respirer un air non pollué.

Dimanche et lundi: nous prenons le « turbini », un train rapide, genre TGV égyptien qui relie le Caire à Alexandrie à 100 km/h de moyenne. Après avoir franchi la ceinture pauvre de la ville, on voit défiler avec bonheur la campagne du délta, plate et fertile avant de s’approcher de l’agglomération d’Alexandrie, une ville qui s’étant aujourd’hui sur plus de 50 km le long de la côte et qui compte environ 5 millions d’habitants. C’est dire que le trafic que nous avons rencontré sur la fameuse corniche de la mer est presque aussi dense qu’au Caire ! Dommage puisque nous comptions découvrir des restes de l’époque coloniale en flânant dans les rues. Bien entendu, il y a toujours aquelques grandes attractions à voir : le théâtre romain, la colonne de Pompeijus, avec une trentaine de mètres la plus haute d’Egypte, le fort arabe Quatbay qui s’élève sur l’emplacement du fameux phare antique- je signale au passage le bon restaurant grec dans les bâtiments de la capitainerie - , le musée national remarquablement restauré et surtout la fameuse nouvelle bibliothèque Alexandrine à l’architecture hardie qui veut renouer avec la tradition de la légendaire bibliothèque fondée par Alexandre le Grand à laquelle l’Occident doit tant de son savoir.

Mardi : sur le chemin du retour au Caire, à mi-chemin d’Alexandrie et de la capitale, nous visitons trois des plus grands monastères coptes du Wadi Natrun. L’endroit tient son nom des lacs où l’on trouve du natron utilisé depuis toujours pour la momification. C’est en fait une oasis à 30m au dessous du niveau de la mer connue des premiers chrétiens qui s’y sont réfugiés et y ont fondé leurs premiers monastères. Aujourd’hui les activités dans ces monastères connaissent un regain certain. Les moines ont une vie contemplative (à St. Macaire ils se rassemblent à l’église tous les matins de 4h à 6h) et laborieuse (ils s’occupent de plantations d’oliviers et d’agrumes de toute beauté). Autrefois ces monastères étaient le cible d’attaques de bédouins, d’où leur caractère de fortification dans les désert avec des donjons impressionnants et à l’intérieur de quoi tenir un sièges de plusieurs semaines. Après cette dernière découverte nous regagnons le Caire par l’autoroute qui prend fin à Gizeh… C’est là à l’ombre des pyramides impassibles que le cauchemar des embouteillages desespérants commence. Heureusement que notre chère Madiha et sa maman veillent sur nous. Un succulent repas, non un festin avec toutes les spécialités de la fine cuisine égyptienne, nous attend dans leur appartement. Mais déjà l’heure de dire au revoir approche. Nous prenons congé de nos hôtes si hospitaliers et confions notre sort une fois de plus à Mahmoud d’Alexandrie, l’autre chauffeur « de famille » qui nous amène sains et saufs à l’aéroport. Deux heures plus tard, nous sommes dans la première heure de la journée de mercredi 14 novembre, l’avion de la Singapur Airline nous emmène vers une nouvelle destination.