A Monkey’s business 

Notre dernière soirée à Bali nous a valu une aventure que nous ne sommes pas prêts d’oublier de sitôt. Nous avions établi notre domicile comme pour la première nuit à Jimbaran près de l’aéroport et prévu de visiter à quelques kilomètres de là, sur la presqu’île de Bukit, en fin de journée un des temples les plus vénérés de Bali. Ulu Watu est niché sur une falaise haute de plus de 200m et connu pour ses singes sacrés. Les Balinais joignant la tradition au business ont fait de ce lieu une attraction quasi incontournable pour le tourisme en produisant tous les soirs après le coucher du soleil sur le même endroit un spectacle de danse traditionnelle, le Keçak qui met en scène une légende de la tradition hindouiste autour d’une princesse enlevée par un méchant guerrier et libérée in fine par l’armée des singes. Dès notre arrivée au parking un viel homme nous a abordés cherchant à nous accompagner dans la visite du temple. Nous ne faisions pas attention à lui. Arrivés au pied de la butte couronnée par le temple, je me penchais sur mon sac photo pour en sortir un appareil. A ce moment j’ai ressenti un coup sec sur mon front, puis… je me suis aperçu que mes lunettes de vue (celles au Titanium, verres bi-focales ultralégères à haute performance) n’étaient plus sur mon nez ! Je lève la tête et vois un macaque arborant joyeusement les lunettes sur sa tête. Le problème : le singe se trouvait de l’autre côté d’une clôture sur un terrain rocheux qui descend quasiment à la verticale jusqu’à la mer, 200 mètres plus bas! En me retournant qui vois-je : notre bonhomme du parking qui me rassure en disant que les lunettes seront retrouvées, que quelqu’un s’est déjà lancé à la poursuite de la bête pour les récupérer.. En effet, cinq minutes plus tard, le précieux objet m’est remis contre une forte rançon – je ne peux pas parler de pourboire – qui est immédiatement partagée entre les deux larrons, le “gardien” et le “sauveur”. Je ne parle pas du singe qui a dû recevoir une extra portion de cacahuètes, mais des deux mafieux. Pour moi l’essentiel était de récupérer mes fameux googles sans lesquels le monde se résume à la même chose qu’internet sans lunettes… il est vrai que quelques scratches ont marqué à jamais mes verres de haute qualité qui ont cependant bien passé l’épreuve. Alors, si jamais il vous arrive de vous trouver en situation similaire, mettez vos lunettes de réserve ou allez tout de suite au spectacle de danse. Celui-ci nous a réconciliés avec le tourisme balinais.

Et comme cela ne suffisait pas, sans le faire exprès nous avons terminé la dernière soirée dans un restaurant sur la plage appelé localement warung, les pieds littéralement dans l’eau, par un repas de fruits de mer et de poisson délicieux au même endroit où a eu lieu en 2005 le deuxième attentat islamiste qui a visé à entraver le tourisme à Bali. Mais comme vous voyez, la vie continue, et les touristes affluent à nouveau dans ce paradis comme auparavant.

L’épisode de la fin…un petit couac

Après avoir passé une nuit reposante au Udayana Eco Lodge nous nous faisons accompagner à l’aéroport par un employé du loueur de voitures. L’enregistrement de nos bagages fut une partie de plaisir. C’est donc avec un sentiment de satisfaction complète que nous nous sommes présentés au dernier contrôle des passeports avant de passer à la salle d’embarquement. Et là où nous nous y attendions le moins, il y a eu une surprise désagréable : l’agent qui prit nos passeports commença a les scruter et à froncer les sourcils, puis nous dit que nos visas étaient dépassés de deux jours et qu’il fallait payer une amende élevée (en tout 6 fois le prix que nous avions payé le visa pour la semaine entière), cela sentait l’arnaque! A notre demande de nous faire un reçu, l’agent dit que ce n’est pas possible. A notre demande de parler à un supérieur, il appelle un collègue qui nous dit la même chose : pas de reçu, sinon il fallait lui rendre les passeports. Pour finir, de guerre lasse et craignant de rater notre vol, nous partons après avoir payé, regrettant ce bémol qui termine un séjour qui restera cependant dans nos mémoires comme un enrichissement considérable de notre connaissance de la planète.

Moralité du globetrotter pas encore assez expérimenté: il ne faut pas négliger le moindre détail dans son passeport, fût-il du dernier cri, notamment en ce qui concerne la durée des visas!