Marais d'Iberá

 

Peu d’agences, pourtant spécialisées dans les voyages en Argentine, vous proposeront cette destination originale que nous avons pu découvrir en liaison avec Iguazú. Il s’agit de l’Estero del Iberà, un Parc national qui renferme un écosystème intact d’une grande biodiversité. Il y a quelques milliers d’années, le fleuve Paranà passait par là avant de creuser son lit plus à l’Ouest, laissant derrière lui des marais qui comptent parmi les plus grandes réserves d’eau douce en Amérique du Sud. La Posada de la Laguna à Colonia Pelegrini offre un accès à la fois pratique et idyllique à ce paradis terrestre. Elle est entourée d’un beau parc habité par des dizaines d’espèces d’oiseaux allant du colibri au « big screamer » une sorte d’oie énorme vivant paisiblement en couple. Cependant gare aux intrus qui sont repoussés par leurs cris perçants! Amarrée au bout d’une petite jetée, une barque est prête à emmener le touriste sous la conduite experte d’un accompagnateur à différents endroits du marais. Les sorties se font dans la matinée, l’après-midi ou le soir, voire la nuit. A chaque fois le marais se présente sous une lumière différente et montre ses habitants dans des postures ou à des occupations diverses.

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Ainsi les nombreux caïmans prennent le soleil pendant la journée, immobiles au bord de l’eau. Si la chaleur est très forte, ils ouvrent grand leur geule en dégageant leurs dents dissuassives Cette attitude n’est cependant pas conçue pour intimider d’éventuelles proies, mais pour permettre aux amphibiens de respirer ou transpirer étant donné que leur carapace les en empêche autrement. La nuit, par contre, chargées d’énergie, ces gentilles bêtes se mettent à chasser sans ménagement. A côté d’eux vivent les capybaras, des sortes de cochons paisibles qui sont en fait les plus gros rongeurs sur terre. Ils passent leur temps à manger des plantes vertes et peuvent atteindre 70 kilos. Les plus grands mammifères du marais sont des cervidés dont nous avons pu voir quelques beaux spécimens. En bordure du marais, on peut rencontrer des familles de singes hurleurs qui peuplent la forêt vierge. Ils se déplacent de branche en branche, regroupés par famille. Bien évidemment les reptiles et amphibiens ne manquent pas à l’appel. Le spectacle des grosses grenouilles qui viennent dévorer le soir des cafards noirs accumulés près des habitations humaines est impressionnant. Pour les birdwatchers et photographes spécialisés, Iberà est un vrai paradis puisqu’il y a 350 variétés d’oiseaux à observer.

 

L’attrait de l’Iberà ne se limite cependant pas à la nature. José, un guide local très apprécié, nous a conduits dans sa famille qui vit modestement dans une case au bord des pâturages. Le bétail, surtout des bœufs et des chevaux, est encadré par des gauchos que nous avons rencontrés à l’improviste à la fin de leur journée de travail.

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  Ils étaient en train de vider quelques bouteilles de bière (la taille d’un litre de la « Quilmes », marque nationale fort goûteuse est assez courante en Argentine). Malgré la dureté de leur existence, ils se montraient de bonne humeur . Nous nous sommes laissés dire que leur espérance de vie est seulement de 55 à 65 ans. D’ailleurs nous avons visité un cimetière de village dont la principale curiosité est la couleur des tombes, du rouge, blanc, bleu ou vert qui correspond aux convictions politiques du défunt ! Ainsi on peut voir des couples qui arborent leur différence d’opinion fièrement jusque dans l’au-delà ! Autre curiosité: de petites chapelles disséminées le long des routes décorées de drapeaux rouges à la mémore du « gaucho Gil », une sorte de Robin Hood local qui est vénéré par les paures gens. Et des gens pauvres, vivant chichement dans des huttes sans eau et électricité, il y en a dans la région. Nous avons vu des enfants se baigner nus et se laver dans les flaques d’eau de pluie boueuse le long de la route. Pour distraire la population, un émetteur radio locale anime des émissions avec la participation active du public les dimanches. M’abritant d’une averse lors d’une promenade dans le village, je suis devenu, par chance, témoin d’une telle séance lors de laquelle un groupe de jeunes a produit de la musique avec des instruments primitifs. Le « sound » produit fut entraînant à l’exception des chants poussés par une jeune fille dont la ferveur n’avait d’égal que les fausses notes diffusés. J’ai pu prendre en photo un certain nombre de personnes acteurs de la scène, sauf une dame plus âgée, d’origine indienne qui a décliné ma demande de lui tirer son portrait. En telle situation je n’insiste jamais. Cinq minutes plus tard, surprise ! la mémé se dirige vers moi et m’entraîne dans une danse improvisée, au rythme soutenu, sous les applaudissements des badauds et le sourire de l’animateur radio.

 

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Avant de clôturer ce chapitre, je dois mentionner l’étape qui a précédé notre arrivée à Iberá et que nous pouvons recommander vivement à toute personne qui transite dans la région. Je veux parler de l’Estancia Santa Cecilia à proximité de la ville de Posadas, chef lieu de la province Misiones. En Europe, cet hébergement tomberait probablement dans la catégorie « Relais et Châteaux ». Il s’agit d’une belle propriété d’élevage de bétail de 8000 ha créée par une riche famille au début du vingtième siècle. La maison de maître a tout le charme d’une maison coloniale victorienne. On se croirait dans un musée. Le service est de première classe. Les repas sont servis sur la terrasse ombragée offrant une vue dégagée sur le parc aux arbres centenaires avec les berges du fleuve Paranà en toile de fonds. La maitresse de maison vous fera faire le tour du parc, l’incontournable bol de thé maté dans une main, la bouteille de thermos sous le bras, en vous donnant toutes les explications souhaitées sur l’exploitation de la ferme et sur la nature environnante.

 

A Posadas, vous vous trouvez au cœur des missions jésuites.

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Celle de San Ignacio Mini est la mieux conservée du côté argentin. Créées au 17e siècle pour répandre la foi chrétienne parmi les indiens, mais aussi pour les « civiliser » et pour les protéger des raids des esclavagistes brésiliens, les missisons – il y en a eu deux douzaines en tout – ont fini par constituer une force politique faisant de l’ombre à la cour des rois d’Espagne et du Portugal. San Ignacio Mini a accueilli 4000 âmes. Les familles vivaient dans de petits appartements regroupés dans une même grande construction qui devait rapppeler les grandes cases tribales. La vie était organisée à la manière européenne (écoles, travail, santé) et monastique un peu selon le principe « ora et labora ». Après l’interdiction de l’ordre des Jésuites, les missions sont redevenues la proie des esclavagistes, la population a regagné la forêt et les bâtiments sont tombés en ruines. Grâce à l’Unesco des efforts importants de mise en valeur du site ont été entrepris, un musée fut créé. La visite du lieu nous a procuré une bonne idée de ce que fut l’utopie des missions dans cette partie du monde.