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Il suffit de jeter un coup d’œil sur la carte pour se rendre compte que la géographie de cette partie du monde n’est pas simple. Le continent sud-américain se termine dans sa partie australe par un enchevêtrement de fjords et d’îles dont la plus grande est la Terre de Feu. On admire encore aujourd’hui le génie de Magellan qui a su trouver le passage pour passer de l’Océan Atlantique au Pacifique. Les noms de « Bahia Inutil » et « Seno de la Ultima Esperanza » témoignent des recherches à la limite du désespoir de ce grand navigateur.

 

Pour le voyageur d’aujourd’hui il y a trois moyens d’explorer cette contrée : par la mer en faisant une croisière qui peut aller jusqu’au Cap Horn et même au-delà jusqu’en Antarctique, par avion en se rendant directement à Ushuaia ou en voiture. Nous  avons opté pour la dernière solution. Entre Ushuaia et El Calafate nous avons parcouru en 16 jours pas loin de 3000 km. Cela nous a permis de voir les principaux sites d’intérêt touristique en passant deux fois la frontière entre l’Argentine et le Chili qui se partagent jalousement ces territoires. Nos hébergements  étaient réservées d’avance, en alternance dans des hôtels et des estancias, ces grandes propriétés  terriennes qui pratiquent l’élevage et dont certaines accueillent des touristes. 

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Ushuaia est adossée à la montagne face à l’île de Navarino. Cette très belle situation et le qualificatif de ville la plus australe du monde ont fini par faire sa réputation. En accordant des avantages fiscaux, le gouvernement argentin, pour des raisons stratégiques y a attiré une population sans cesse grandissante. L’urbanisme cahotique qui en résulte est l’autre face de l’expansion de la ville. A Ushuaia nous avons pu faire une grande excursion en catamaran sur le Canal de Beagle, par chance sur une mer calme.

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Du bateau on a des vues magnifiques sur les montagnes couvertes largement de neige, la limite de végétation s’y situe à 600m. On passe près d’îles peuplées de toutes sortes d’oiseaux marins, de penguins et de lions de mer. A terre, le Parc National de la Terre de Feu permet de se faire une bonne idée de la flore et la faune. Les arbres des forêts primaires sont couverts  d’épaisses franges de lichens. Beaucoup de bois mort jonche le sol. C’est dû à l’âge des arbres, au travail des vers, parfois aussi cela résulte de l’activité des castors qui déploient leurs constructions ingénieuses dans les vallées. Les dégâts causés sont tels que le gouvernement argentin demande aux propriétaires des terrains de supprimer ces animaux.

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Nous en avons cependant vus en activité à l’Estancia Tepi en Terre de Feu. Un particulier, amateur de nature et probalement influent pour pouvoir se pemettre cela, y a acheté un grand terrain sur lequel les castors ont construit deux magnifiques barrages l’un au-dessus de l’autre qu’on a laissés en activité. Les gauchos sont moins enchantés de cette situation : comme les prés en amont se transforment en marais, il arrive que des vaches s’y enfoncent et personne ne peut ou ne veut prendre la peine de les en sortir. Elles finissent en proie aux renards et oiseaux. A différents endroits, nous avons rencontré d’autres exemples de cette dure loi de la nature (Darwin est passé par là au sens propre et figuré!). 

sans le travail des castors, elle serait probablement encore vivante

sans le travail des castors, elle serait probablement encore vivante

 

Encore un mot à propos de l’Estancia Tepi http://www.estanciatepi.com.ar/frances/index.html , située à 150 km d’Ushuaia. Elle fut créée dans les années 1930 par J.A. Goytisolo (l’oncle de l’écrivain Juan Goytisolo) de Barcelone, le premier médecin établi en Terre de Feu. Les propriétaires actuels vivent aujourd’hui dans le Nord de l’Argentine, laissant aux employés le soin du bétail et à un jeune couple aimant la nature le soin d’accueillir les touristes adeptes d’écotourisme. Comparé aux hôtels « boutique » que nous avons connus par ailleurs, le confort à Tepi (le nom indien signifie « douce colline ») fut très simple, l’accueil d’autant plus chaleureux. Excellents repas servis depuis une cuisine surchauffée au bois. L’électricité produite par un générateur n’est disponible qu’entre 21h et minuit. Alors que notre chambre était chauffée au gaz, un groupe de campeurs qui s’était installé dans un pré voisin devait affronter le gel pendant la nuit. A deux reprises un jeune de la ferme m’a accompagné sur un quad dans la campagne pour voir les barrages de castors. J’ai pu amplement admirer le paysage transformé par ces animaux qui ont préféré ne pas se montrer à un touriste photographe curieux. La campagne fut très belle, balayée par le vent, les averses de pluie alternant avec de la grêle. Les vaches qui ont en grande partie pris la relève des moutons dans cette estancia semblent insensibles aux intempéries. Elles restent dehors toute l’année, cherchant refuge en hiver sous les arbres. On comprend que la sélection naturelle qui s’opére est impitoyable et que lors du comptage et marquage du bétail en janvier, il y manque toujours un certain nombre de têtes.

Estancia Tepi

Estancia Tepi

 

 

Les vaches, chevaux  et moutons vivent apparemment en harmonie avec les bêtes sauvages, notamment les guanacos qui sont désormais protégés et se multiplient gaillardement. Une excursion sur des pistes sablonneuses mettant à l’épreuve notre 4×4 nous a conduits vers le Cap Pavlo sur la côte  atlantique, un endroit enchanté.

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La mer y est d’un bleu profond, une plage infinie sur laquelle s’est échoué il y a bien longtemps un grand navire qui y finit ses jours en rouillant. Un complexe touristique qui se trouve dans le même état que le bateau témoigne de l’intérêt du site qui retourne impitoyablement à son état naturel. Une hutte de pêcheur faisant penser à un campement de Robinson Crusoë signale la seule présence humaine à des dizaines de kilomètres à la ronde.

 

Pour quitter la Terre de Feu nous avons pris une piste de 150 km du côté chilien qui s’est heureusement révélée beaucoup moins difficile que ce que l’on pouvait craindre. Le problème est qu’on y voyage en solitaire, il n’y a pratiquement pas de circulation. Voyageant seuls, on pouvait craindre qu’une panne de pneumatique nous fasse rater le bateau que nous devions prendre pour relier le continent. Finalement tout s’est bien passé, la traversée s’est effectuée par une mer calme (encore une exception). Notre séjour à Punta Arenas fut bref – il y a cependant pas mal des choses à voir. Quelques bâtiments du début du 20e siècle témoignent des heures de gloire ( ?) de la colonisation qui a mis fin brutalement à l’existence d’indiens qui y vivaient en parfaite harmonie avec la nature. La façon dont on les a privés de leurs terres, puis les a éliminés soit en les tuant intentionnellement (certains éleveurs de moutons offraient une prime par indien tué) soit en leur apportant les bienfaits de notre civilisation sans adapter leur mode de vie traditionnel et sans les prémunir contre les maladies (ce fut largement l’œuvre des missionnaires silésiens) est un chapitre très sombre de l’histoire.  Il y a aussi le cimetière de Punta Arenas qui donne une sorte de pédigré en pierre des familles qui ont commencé l’exploitation de la Terre de Feu. Les noms sont anglais, allemands, croates, espagnols…

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Un monument est consacré aus indiens – il n’y a plus un seul de pure souche, en vie de nos jours.

 

Comparés à la population humaine primaire, les penguins de l’île Magdalena jouissent d’une protection franchement incomparable. La petite île est peuplée par une colonie de 60.000 couples de penguins magellans, et comme  tous ont deux petits à élever en cette saison, la population totale est largement au-delà des 100.000 individus. Par un sentier, on peut les approcher facilement, les obsever à leurs occupations qui consistent à nettoyer les nids creusés dans la terre, à s’occuper de la progéniture, à aller chercher de la nourriture dans la mer, à discuter avec les voisins et à défendre leurs territoires, à faire la cour à leurs belles etc. Finalement on se rend compte que le comportement humain n’est pas tellement éloigné de celui de ces bêtes attachantes.

conciliabule chez les penguins, Isla Magdalena

conciliabule chez les penguins, Isla Magdalena